Depuis que le projet d'abaissement de la vitesse à 80 km/h sur les routes sans séparateur central a été annoncé, plusieurs sénateurs se sont dit non convaincus par son efficacité et d'autres se sont carrément opposés à cette mesure.

Pour essayer de faire la lumière sur cette mesure, le Sénat a donc mis en place un groupe de travail sur la sécurité routière. Il est chargé "de réunir les éléments d’information nécessaires pour évaluer, sans a priori, l’utilité pour la lutte contre l’insécurité routière d’une réduction à 80 km/h de la vitesse maximale autorisée sur certaines routes".

Pour cela, il a déjà demandé au premier ministre de connaître les résultats et la valeur scientifique des études et de l’expérimentation qui est menée sur 86 kilomètres de routes depuis juillet 2015. Plusieurs auditions sont également programmées et la première a eu lieu dès ce matin avec Emmanuel Barbe, le délégué interministériel à la sécurité routière.

A l'issue de ces auditions et après avoir récolté des données chiffrées, le groupe de travail sur la sécurité routière composé des sénateurs Michel Raison (Haute-Saône – Les Républicains), Michèle Vullien (Rhône – Union Centriste) et Jean-Luc Fichet (Finistère – Socialiste et républicain) remettra un rapport sur la pertinence de l'abaissement de la limitation de vitesse à 80 km/h et cela au plus tard fin mars.

"Des informations non fiables"

Lors de l'audition d'Emmanuel Barbe, les sénateurs ont tout d'abord mis en avant les informations non fiables indiquées dans le dossier de presse annonçant le passage à 80 km/h. Le sénateur Hervé Maurey (Eure - Union Centriste), qui est à l'initiative de la création du groupe de travail, estime que l'on ne dispose pas des "éléments permettant d'apprécier la pertinence de cette mesure". Et pire encore, il a "le sentiment que le travail réalisé avant l'annonce de cette mesure a été bâclé" et que le "dossier de presse contient des informations non fiables". En effet, il cite notamment les données relatives à la baisse de la pollution qui dans le dossier proposé par la sécurité routière annonce un abaissement de la pollution de 30% mais en renvoyant vers le site internet d'un particulier avec des information non réactualisées depuis 2009! Alors que dans le même temps, un étude réalisée par l'ADEME fait état d'un abaissement compris entre -7% et -20% selon le type de polluant.

Ensuite, ce même sénateur a interpellé le délégué interministériel à la sécurité routière en lui faisant remarquer que l'état des routes ce dégradait d'année en année en se demandant si cette limitation à 80 km/h n'était pas imposée "pour compenser le fait que nos routes soient de moins en moins dans un état satisfaisant" ou dans le but "d'user moins rapidement nos routes".

"Faire respecter les règles"

Le sénateur Michel Raison a interpellé Emmanuel Barbe sur le fait que l'abaissement de la vitesse à 80 km/h ne serait peut-être pas nécessaire si les limitations actuelles étaient déjà respectées. Il a par ailleurs affirmé que les statistiques faisant de la vitesse la cause principale des accidents n'étaient pas fiables. En effet, après avoir rencontré des gendarmes, il a appris que lorsque la cause d'un accident n'était pas déterminé, c'est la vitesse qui était désignée par défaut...

"L'adaptation des vitesses à la circulation et aux routes"

Dans son discours, Emmanuel Barbe a cité en exemple l'Allemagne en indiquant que dans ce pays, le nombre de morts sur la route ramené au nombre de kilomètres parcourus était inférieur à celui de la France. Le sénateur Jean-Yves Lecomte, lui a fait remarquer que pourtant, dans ce pays, le réseau routier secondaire était majoritairement limité à 100 km/h et que de nombreux kilomètres d'autoroutes ne disposaient pas de limitation de vitesse. Pour lui, cela démontre qu'il faut une "adaptation des vitesses à la circulation et aux routes".

Il a terminé en interpellant le délégué interministériel à la sécurité routière avec une phrase choc: "Si à la fin de ce débat les français s'imaginent que c'est simplement en allant moins vite qu'ils participeront à une circulation plus sûre, vous leur aurez menti". Pour lui, le plus important c'est l'attention des conducteurs.

"Des portions de routes limitées à 80 km/h"

Plutôt qu'un abaissement généralisé de la vitesse, plusieurs sénateurs se sont dit plutôt favorable à un abaissement ciblé de seulement certaines portions de routes à 80 km/h. En effet, le sénateur de l'Aveyron qui compte plus de 6000 kilomètres de routes départementales a fait remarquer que sur un certains nombre d'entre elles, la vitesse de circulation ne dépassait que rarement les 60 km/h car il y a beaucoup de virages et qu'à l'inverse, sur certains axes avec des portions plus rectilignes, on s'ennuie déjà en roulant à 90 km/h...