Radars et Sécurité routière, le programme d'Emmanuel Macron

L'arrivée des radars automatiques a marqué un tournant dans la politique de sécurité routière de la France depuis 2003. Inaugurés sous la présidence de Jacques Chirac mais initiés par Nicolas Sarkozy, les radars automatiques vont connaitre avec Emmanuel Macron leur quatrième président.

Sous Chirac puis Sarkozy nous avons connu la multiplication des radars puisqu'en partant de zéro en 2003, plus de 4000 radars avaient envahi la France fin 2012. Si la vitesse de déploiement s'est considérablement ralentie sous la présidence de François Hollande, puisqu'à ce jour leur nombre est d'environ 4300, ce dernier quinquennat a été celui de la modernisation des radars avec l'apparition des radars mobiles nouvelle génération, des radars fixes double sens ou encore des radars autonomes.

Au travers de plusieurs réponses à des sollicitations d'associations d'usagers de la route ou de prévention routière, nous allons essayer de faire le point sur la politique que devrait mener Emmanuel Macron en matière de radars et de sécurité routière. En lisant les diverses réponses, vous remarquerez que son discours général ne varie pas beaucoup et que les mêmes phrases reviennent souvent qu'il répondent aux associations d'usagers ou à celles de sécurité routière.

Objectif moins de 2000 morts par an

Pour Emmanuel Macron "la poursuite des progrès en matière de sécurité routière est un impératif national" et pour cela il déclare vouloir "tenir l’objectif" annoncé dès 2012 par Manuel Valls "de passer sous la barre des 2 000 morts par an" sur les routes de France. Pour cela, il souhaite "que la politique de sécurité routière retrouve son caractère interministériel pour concilier la répression, la prévention, le travail sur les infrastructures et les véhicules".

Sa politique en matière de sécurité routière devrait donc être axée sur une approche globale avec "la prévention et la sensibilisation dès le plus jeune âge, l’amélioration des infrastructures, de la signalisation et des équipements, la pédagogie, le contrôle et la sanction".

Il souhaite en particulier engager "des actions ciblées en faveur des usagers les plus vulnérables, notamment les 2 roues et les piétons" mais aussi "lutter avec sévérité contre les infractions à l'origine du plus grand nombre de victimes (téléphone et alcool au volant notamment)" tout en poursuivant  "le déploiement de nouveaux radars".

Il a également pris conscience au travers de nombreux rapports officiels de la dégradation de l'état des chaussées et des équipements routiers. Il souhaite que "l’entretien des routes" ne soit plus une "variable d’ajustement budgétaire" car il ne veut plus négliger cet aspect de la sécurité routière.

Les radars automatiques

Pour ce qui concerne les radars automatiques, Emmanuel Macron est dans la continuité de la politique actuelle, il ne devrait donc pas y avoir de grands changements par rapport à la feuille de route mise en place par la Délégation à la Sécurité Routière jusqu'en 2020. Dans ce programme se trouve une petite augmentation du nombre de radars automatiques mais qui cache en fait une forte multiplication des points de contrôles avec l'apparition des contrôles radars leurres par panneaux et par cabines.

Il annonce également que les objectifs des contrôles radars "ne doivent pas être détournés" pour engranger plus de recettes et déclare vouloir veiller à ce que ces dernières, dont le montant devrait atteindre le milliard d'euros en 2017, "continuent à bénéficier aux actions de sécurité routière".

La privatisation des contrôles radars

Externalisation conduite voitures radars

La privatisation, ou plutôt l'externalisation de la conduite des radars mobiles par des chauffeurs de sociétés privées est rejetée par une majorité de français. Mais comme Emmanuel Macron est "ouvert à toute initiative qui permet à la fois d’améliorer la sécurité routière et d’alléger la charge de travail des forces de l’ordre", cette mesure ne sera pas remise en cause.

Mais le déploiement pourrait être revu ou au moins ralenti. En effet, Emmanuel Macron souhaite que trois conditions soient réunies pour qu'il donne son aval à ce projet.

Tout d'abord, le recours au privé "doit être pertinent, strictement encadré et contrôlé par l’État et ne doit pas entraîner un coût global supérieur à celui qui découlerait de la mise en œuvre par l’État lui-même".

Ensuite, il doit être efficace au regard de l’objectif recherché c'est à dire "de faire baisser le nombre d’accidents sur nos routes" mais il "ne doit pas être de dégager des ressources financières par la recherche d’une augmentation du nombre de procès-verbaux" et d'amendes distribués.

Enfin, si "le contrôle routier est indispensable", il ne doit "pas s’inscrire dans une logique punitive" mais "être mené en lien avec les véritables enjeux de sécurité routière", "concerner de façon équilibrée les différents usagers de la route".

Comme "ces précautions semblent avoir été prises", il ne "remettra pas en cause l’expérimentation de ce dispositif". Néanmoins, il sera "attentif aux modalités précises de son déploiement", choses que malheureusement, nous ne pourrons pas vérifier car le premier appel d'offre pour ce marché public a été publié de manière restreinte sans que l'on puisse en lire son contenu... Il précise également qu'il demandera un bilan après 6 mois d’expérimentation" afin de décider de la suite à donner" à la généralisation de ce dispostif.

Les nouveaux radars multifonctions

radar MESTA FUSION

En plus de l'externalisation des contrôles mobiles, le gouvernement actuel a également lancé le déploiement de nouveaux radars multi-fonctions capables de verbaliser plusieurs types d'infractions en plus de la vitesse et du franchissement de feu rouge. Il s'agit notamment des distances de sécurité, du non port de la ceinture, de la circulation sur voie réservée, etc.

Là encore, Emmanuel Macron est très clair, puisqu'il a déclaré à plusieurs reprises qu'il "est nécessaire de poursuivre le déploiement de nouveaux radars avec de nouvelles fonctionnalités".

Le marché de déploiement de 400 radars multifonctions de type MESTA FUSION dont l'homologation vient d'être annoncée ne sera donc pas remis en cause.

L'abaissement de la vitesse

expérimentation limitation vitesse 80 km/h

L'abaissement de la vitesse de circulation à 80 km/h sur les routes secondaires est toujours en cours d'expérimentation mais avant même que les résultats définitifs ne soient connus, Emmanuel Macron s'est déclaré contre une généralisation de cette mesure. Tout en précisant que si "la baisse de limitation des vitesses peut constituer une piste de progrès" en matière de sécurité routière, "elle n’est pas la seule" puisque "les accidents peuvent aussi survenir à des vitesses moindres, le cœur du problème étant l’éducation au respect des vitesses".

L'abaissement pourrait par contre se faire au cas par cas puisqu'il déclare vouloir revisiter certains réseaux comme les autoroutes urbaines afin de faciliter la lisibilité des limitations de vitesse par les usagers, "car parfois on ne sait plus à quelle vitesse rouler, entre les tunnels, les virages, etc". L'harmonisation pourrait donc se faire avec l'abaissement de vitesse sur certaines portions...

Sources:

Les réponses d'Emmanuel Macron à 40 millions d'Automobilistes (pdf), à l'association Prévention Routière (pdf), à Motomag, à la Ligue contre la Violence routière, à Autoplus.